l'Ordre de Saint-Georges

Qui est Saint-Georges?ST=Qui est Saint-Georges


Très peu est connu avec certitude sur l'homme lui-même. Notre première source, Eusèbe de Césarée, qui écrivit c. 322, décrit un soldat issu d'une famille noble, mis à mort sous les ordres de l'Empereur Dioclétien à Nicodème (ancienne ville du nord-ouest de l'Asie Mineure située près du Bosphore en Turquie contemporaine) le 23 avril 303. Aucune mention n'est faite de son nom, de son pays ou du lieu de sa sépulture. Selon les Actes apocryphes de Saint-Georges, dont diverses versions existent dans l'église de l'Orient depuis le cinquième siècle, Georges, qui possédait le grade de tribun dans l'armée impériale romaine, fût décapité par Dioclétien pour avoir dénoncé la persécution des chrétiens par l'Empereur. Rapidement, Georges fût vénéré dans tout le monde chrétien comme l'incarnation de la défense des pauvres et des démunies, ainsi que de la foi Chrétienne.

Tableau de Gustave Moreau illustrant Saint Georges et le dragon
Tableau de Gustave Moreau (6 avril 1826 – 18 avril 1898) illustrant Saint Georges et le dragon.
Ce n'est qu'en 1222, toutefois, que le Synode d'Oxford déclara la tenue le 23 avril d'une fête en l'honneur de Saint-Georges. La notoriété du Saint, déjà répandue dans toute l'Europe, pris de l'ampleur suite à la parution en 1265 de l'œuvre de Jacques de Voragine, Legenda Sanctorum (lectures sur la vie des saints), ensuite connue sous le titre de Legenda Aurea ou de Légende dorée. Son titre ne se réfère pas à Saint-Georges, mais plutôt à l'ensemble des récits, qui disait-on, valaient leur pesant d'or. Ce fût cette œuvre qui popularisa la légende de Saint-Georges et le dragon. La popularité de cette légende en Angleterre pourrait être attribuable à l'existence d'un récit semblable dans la littérature anglo-saxonne. Saint-Georges devint une figure de proue des Miracles, pièces théâtrales laïques du Moyen Âge dérivées de sources païennes, jouées au début du printemps. L'origine de la légende demeure obscure. Sa première version écrite est apparue vers la fin du sixième siècle et pourrait être une allégorie de la persécution de Dioclétien, parfois surnommé le « dragon» dans les textes anciens. L'histoire pourrait aussi être une version christianisée de la légende du héro grecque Persée, qui aurait délivré la vierge Andromède d'un monstre marin à Arsuf ou Jaffa, près de Lydda (Diospolis), présumé site de son tombeau, et de l'apparition du culte de Saint-Georges.

Saint-Georges est un personnage principal de l'un des plus grands poèmes de la littérature anglophone, Faerie Queene (1590 et 1596) de Spencer. Il apparaît dans le premier Tome comme le chevalier Redcrosse, protecteur de la Vierge. Sous cette optique, il peut aussi être perçu comme l'église anglicane, soutenant la monarchie d'Elizabeth I:

But on his breast a bloody Cross he bore
The dear remembrance of his dying Lord,
For whose sweet sake that glorious badge we wore
And dead (as living) ever he adored.
 

La légende de Saint-Georges et du dragon a connu un second souffle pendant la Contre-réforme. Les explorations en Afrique, en Inde et en Amérique, des régions qui jadis étaient présentées sur les cartes comme peuplées de dragons, étaient perçues comme de nouvelles cibles pour les efforts des missionnaires religieux et Saint-Georges fût, encore une fois, évoqué comme exemple de l'affrontement du danger pour le bien de l'église. Entre temps, l'auteur protestant, John Bunyan (1628-88), évoquait cette même légende dans le combat entre Christian et Apollyon dans son roman allégorique, Le Voyage du pèlerin (1679 et 1684).

Revenons à l'ère moderne, où Baden-Powell, fondateur du scoutisme, choisit Saint-Georges comme patron des scouts. Le jour de la fête de Saint-Georges, les scouts sont priés de ne pas oublier la promesse et la loi scoutes. Dans Scouting for Boys, Baden-Powell raconte que les chevaliers de la table ronde « avaient comme patron Saint-Georges, car il était le seul chevalier parmi tous les saints. Il est le saint patron de la cavalerie, d'où le mot chevalier. »

Une illumination d'un combat au Moyen Âge, Bibliothèque nationale de France
Une illumination d'un combat au Moyen Âge, Bibliothèque nationale de France
Dès 496, le Pape Gélasse mentionne Saint-Georges dans De libris recipiendis, parmi les « saints dont le nom est proprement vénéré, mais dont les gestes ne sont connus que par Dieu.» (Traduction libre). Les vertus associées à Saint-Georges – courage, honneur et fortitude dans la défense de la foi chrétienne – demeurent toujours importantes. Saint-Georges est également vénéré par l'église anglicane, par les églises orthodoxes du Proche-Orient et en éthiopie. Le présumé lieu de la sépulture du Saint peut toujours être visité à Lod, au sud-est de Tel-Aviv. Un couvent au Caire conserve des objets personnels qui ont supposément appartenu à Saint-Georges.

Encore aujourd'hui, Saint-Georges est vénéré dans de nombreux endroits, par des membres de plusieurs métiers et par des personnes souffrant de certaines maladies. Par exemple, il est vénéré en Aragon, en Catalogne et en Géorgie, dont il est le saint patron, en Lituanie, en Palestine, au Portugal, en Allemagne et en Grèce; à Moscou, à Istanbul, à Gênes et à Venise (surpassé seulement par Saint Marc). Il est le saint patron des soldats, de la cavalerie et de la chevalerie; des fermiers et des agriculteurs, des scouts et des bouchers; des chevaux, des cavaliers et des selliers; ainsi que des personnes souffrent de la lèpre, de la peste et de la syphilis. En particulier, il est le saint patron des archers, ce qui donne une pertinence à ces quelques vers célèbres de la pièce de Shakespeare, Henri V, Acte 3, Scène 1, l. 31:

St. Crispin's Day

'I see you stand like greyhounds in the slips,
Straining upon the start. The game's afoot:
Follow your spirit; and, upon this charge
Cry God for Harry, England and St George!'.

Références

H.Delehaye, Les legendes grecques des saints militaires, Paris 1909

I.H.Elder, George of Lydda, 1949

E. Hoode, Guide to the Holy Land, Jerusalem 1962

G.J.Marcus, Saint George of England, 1939

Jacobus de Voragine, The Golden Legend : Readings on the Saints, Tr. William Granger Ryan, 2 vols (Princeton: Princeton University Press, 1993)